Pyrenees : La traversee complète par les bornes frontière. Images Bornes
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Le projet réalisé en 2022 consiste en la traversée des Pyrénées « Ouest - Est » par la ligne frontière France-Espagne et par toutes les bornes & croix frontière, sans s'écarter de la ligne frontière de plus de 1 km (et 3 kms pour les lieux de nuit) 

La traversée a eu lieu en une seule expédition, en 74 jours.

Départ le 23 août 2022 de la borne B0 à Hendaye, sur le pont de la Bidasoa.

Arrivée réalisée le 04 novembre 2022  au Cap Cerbère, borne 602.

Merci à tous ceux qui m'ont appuyé et apporté leur aide à la réussite de cette aventure !

Pierre, Novembre 2022

 

  Traversée des Pyrénées « Ouest - Est » par les bornes frontière France-Espagne    

 

       La traversée des Pyrénées a été réalisée d’ouest en Est, d’Hendaye à Cerbère, par la ligne frontière entre la France et l’Espagne. Cette ligne de 657 kms est matérialisée par 602 bornes ou croix officielles, plus une soixantaine de bornes ajoutées avec le temps (notées bis, ter… ou parfois sans numéro). Soit près de 670 bornes ou croix au total. Plus de 90% ont pu être photographiées (certaines ont disparu, d'autres étaient inaccessibles en mode traversée avec sac à dos, ou enfouies sous les ronces et brousailles)

Ces bornes sont un témoin de l’histoire entre la France et l’Espagne. Décidées et conçues par Napoléon 1er, puis progressivement posées sous Napoléon III jusqu'à la 602. D'autres bornes ont été ajoutées au 20eme siècle, jusqu'en 2019 pour les dernières avec Andorre, elles portent en chacune d’elle une histoire, issue d’un traité, d’un échange, d’une fin de conflit… ligne de partage autant que de séparation.

 

Un peu d’histoire 

Tout commence en 1659 avec le fameux traité des Pyrénées, qui met fin à la guerre de 30 ans, signé sur l’île des Faisans au milieu du fleuve Bidassoa, entre Mazarin, ministre de Louis XIV et Don Luis de Haro, premier ministre du roi Philippe IV d’Espagne, traité de paix  entre les maisons de France et d’Autriche. La France recevait le Roussillon, la Cerdagne et le Conflent tandis que l’infante Marie-Thérèse, fille de Philippe IV était promise à Louis XIV.

Mais ce traité ne contenait aucun règlement de délimitation : seul un article stipulait que « les Monts Pyrénées qui avaient anciennement divisé les Gaules des Espagnes seront aussi dorénavant la division des deux mêmes royaumes » ; le tracé de la frontière est donc renvoyé à plus tard !

Et il fallu attendre plus de deux siècles avant que le tracé de la frontière, initié par Napoléon 1er, ne soit définitivement fixé par Napoléon III et Isabelle II reine des Espagne avec les trois traités de Bayonne des :

.  2 décembre 1852 (frontière depuis l’embouchure de la Bidassoa jusqu’aux Basses Pyrénées)

. 14 avril 1862 (des Basses Pyrénées jusqu’au Val d’Andorre)

. 26 mai 1866 (du Val d’Andorre à la Méditerranée).

 

   Le tracé 

Il est matérialisé par des bornes ou des croix frontière gravées sur pierre : 602 bornes officielles, mais aujourd’hui un peu plus puisque une soixantaine de bornes ont été ajoutées : par exemple la borne 0 à Hendaye, sur le pont de la Bidassoa, celle au Somport (305 bis), et celle de Cap Cerbère (601 bis),  d’autres sont « doublées » et portent le même numéro affecté d’un indice différent (ex : plusieurs bornes 44 au col de Lizarrieta), d’autres encore sont des bornes intermédiaires sans numéro, ajoutées après 1950 pour mieux marquer la frontière.

 

Chaque passage frontalier, le plus souvent un col ou une crête, possède sa borne ou croix frontière.

Ces bornes sont inégalement réparties le long de la frontière : peu nombreuses en haute altitude (17 bornes sur 140 kms entre Pont du Roi et Andorre), beaucoup plus lorsqu’il fallait que le tracé soit précis afin d’éviter les conflits entre les populations (par exemple il y a 25 bornes sur 5 kms autour de Puigcerda & Bourg-Madame).

 

L'actuelle frontière suit donc en général la ligne de crête, les cols et les sommets, mais comprend quelques « écarts » ou « anomalies » conséquences de la géo-politique, car elle prend en compte les multiples contentieux qui existaient au niveau des vallées. Le tracé est donc aussi le résultat de longues discussions (au nombre de 5 au moins, ce qui n’est pas beaucoup au final) :

     . la ligne de partage des eaux n’est pas respectée au Val d’Aran : c’est ainsi que la vallée du « Val d’Aran » est rattachée à l'Espagne alors que c’est une ancienne dépendance du comté du Comminges dont les eaux de la Garonne s’écoulent vers la France,

     . la moitié nord de la Cerdagne est rattachée à la France, malgré le sens de la ligne de partage des eaux,

     . l’enclave espagnole de Llivia est située en Cerdagne française, et délimitée par 45 bornes frontière « atypiques »,

     . le pays Quint, avec 5 000 hectares en territoire espagnol, est habité par une trentaine de français qui paient leurs impôts fonciers en Espagne mais la taxe d’habitation en France,

     . Autre originalité : au Perthus, la frontière passe au milieu de la rue principale, en pleine ville !

 

Ce tracé précis de la frontière n’a rien changé pour les habitants des vallées situées de part et d’autre, les Pyrénées n’ayant jamais constitué une barrière infranchissable car s’il est vrai que les cols séparent les vallées, il est aussi vrai qu’ils rassemblent les peuples.

Les 602 bornes officielles qui délimitent la frontière, (+68 repérées à ce jour, soit 670 au total), sont surveillées par un délégué à l'abornement nommé par le président de la République.

                        

Le projet en pratique       

 Objectifs :

. Parcourir la traversée complète des Pyrénées d’Ouest en Est, par les bornes frontière en un seul voyage continu, en s’écartant le moins possible de la ligne frontière franco-espagnole (donc sans emprunter les GR ni redescendre dans les vallées). A part 2 ou 3 endroits infranchissables en ligne droite entre deux bornes dans les Pyrénées centrales, l’ambition est de n’avoir aucun écart de plus de 500 mètres de la frontière)

                . Vivre la montagne sur une expérience de longue durée (près de 70 jours),

                . Photographier toutes les bornes & croix frontières franco-espagnoles (670 cartographiées à date !),

. Selon l’expérience vécue et les images ramenées, en faire un livre dont le format, entre roman d'expédition, journal photographique ou guide de randonnée, reste à définir,

…Et aussi une façon de relier les deux pays de mes racines en fêtant 40 ans de vie professionnelle avec mon départ en retraite !

 

  • Durée théorique prévue : 64 jours  de marche

(probablement entre 5 et 10 jours de plus selon les caprices imprévisibles de la météo ou d’éventuels coups de fatigue)

  • Départ d’Hendaye au Pont St-Jacques, le mardi 23 août 2022 à 8h00
  • Arrivée à Cerbère à Cap Cerbère, le 25 octobre 2022 (+ 5 à +10 jours selon météo et imprévus)

La période choisie permet d’éviter la forte affluence touristique d’été dans les refuges et cabanes, les fortes chaleurs et les orages, et limite la présence de névés d’altitude qui présentent toujours un risque.

    

  • Distance à parcourir : 657 kms de tracé frontière théorique + les détours de qq centaines de mètres pour rejoindre les refuges proche de la ligne frontière, et certains détours obligés pour contourner un relief parfois infranchissable sur certaines étapes, soit une estimation d’environ 950 kms de marche.
  • Sac à dos léger (but 7 kgs maxi): pas de tente, pas de réchaud, 1 seul change vestimentaire et 1 duvet.
  • Nourriture embarquée minimale. L’objectif est de trouver des points (ou contacts J) de ravitaillement le plus souvent possible pour n’avoir que le portage de l’eau et la nourriture du jour.
  • Hébergements choisis selon le critère suivant : être les plus proches possibles de la ligne frontière. Donc selon les cas, les nuits se font, par ordre de confort décroissant (et de préférence) :
    • en hôtel de montagne (souvent placés au niveau des cols),
    • en auberge
    • en gîte chez l’habitant,
    • en refuge gardé
    • en refuge non gardé
    • en cabane ou abri de montagne aménagé
    • en dernier recours… la grotte de l’ours !
  • Le rythme de marche sera celui du randonneur, incluant un temps de recherches des bornes, pas toujours très visibles. L’objectif est de vivre la montagne, pas d’obtenir une performance sportive. Le délai total n'est pas une contrainte.

 

 

Résultat de l'expédition, plus difficile que planifiée :

   . 74 jours au total, dont 7 jours de "repos" (souvent obligés pour cause de pluie ou vent violent), et 67 jours de marche

     . 1350 kms réalisés (en montagne, on ne marche pas droit !)

     . 19,5 kms par jour en moyenne (en ôtant de la moyenne les 6 à 7 kms par jour effectués pendant les 7 jours de repos)

     . environ +1500 m / -1500 m de dénivelés par jour en moyenne

     . Moyenne de 10h de marche par jour  (selon étapes, entre 6h et 13h par jour)

     . Pas de pause hormis la pause déjeuner de 40 minutes

    . 50% des nuits en refuges gardés, 30% en cabanes ou refuges non gardés, 20% en auberges, gîtes ou hôtels.  Seules 3 nuits ont été passés à plus de 3 kms de la frontière (mais moins de 7 kms) car pas d'autre solution (par ex cabane fermée à clé 2 fois)

     . Grace au GPS, pas une seule mauvaise orientation ni perte de tracé

    . Recherche de borne limitée à 10 min par borne pour ne pas risquer de déborder sur le délai de l'étape (éviter la nuit)

    . Sac à dos de 9 kgs hors eau  (2,5 kg d'eau chaque matin à ajouter)

    . Perte de poids de 9 kgs après 74 jours

    . Beaucoup de contractions musculaires et inflammations de tendons, une blessure au genou droit, mais rien de sérieux en terme de séquelles possibles

   . Trois paires de chaussures (les deux premières ont fini par exploser)

   . La chance d'avoir eu un temps sec, sans neige ni tempête, températures douces.

   . Quelques rencontres riches et marquantes, comme souvent en haute montagne...

     

    Merci pour votre soutien ! cela m'a maintenu en confiance et m'a encouragé dans les moments difficiles.

   Pierre